Nouveaux traitements :
un immuno-dépresseur à faible dose, la naltrexone
Dr Jaquelyn McCandless, M.D
Autism Research Review International, 2006, Vol. 20,
No. 2
Nous
remercions le Dr Jaquelyn McCandless du DAN!, auteur de "Children with Starving Brains", pour cet article sur un nouveau
traitement très prometteur.
La naltrexone est un médicament approuvé
par la FDA, utilisé depuis les
années 70 comme antagoniste opiacé dans le traitement de l'alcoolisme et
de la toxicomanie. Ce médicament, qui revêt la forme de comprimés de 50 mg,
est disponible sous une forme générique ainsi que sous la marque ReVia. Utilisé
à une dose d'entretien de 50 mg par jour, il bloque la réponse euphorique aux
drogues opiacées telles que l'héroïne et la morphine.
On sait que les opioïdes font office de cytokines,
principaux messagers de communication du système immunitaire, en induisant des
effets immunosuppresseurs via les récepteurs d'opioïdes des cellules
immunitaires. Une méthode de classification immunitaire courante consiste à
établir le rapport Th1/Th2, les cellules Th1 correspondant à l'immunité cellulaire,
les Th2 à l'immunité humorale. Une réponse immunitaire Th1 insuffisante peut
résulter en des infections chroniques ou un cancer ; une réponse Th2 excessive
peut quant à elle peut contribuer à l'apparition d'allergies et de différents
syndromes, dont des troubles auto-immuns, apparents dans les tests d'immunité
de nombreux enfants autistes. Le New England Journal of Medicine du
13 novembre 2003 indiquait ce qui suit : "Les éléments pré-cliniques
dont nous disposons montrent sans équivoque que les opioïdes modifient le
développement, la différenciation et le fonctionnement des cellules
immunitaires et que le système immunitaire, tant inné qu'adaptatif, s'en trouve
perturbé.
Le médecin new-yorkais Bernard Bihari, qui
étudie les réponses immunitaires de patients atteints du SIDA, a découvert
qu'une dose très faible de naltrexone, d'environ un dizième la posologie
habituelle, renforçait le système immunitaire et aidait à combattre des
maladies caractérisées par une fonction immunitaire déficiente. La naltrexone à
faible dose (LDN) a tendance à normaliser le système immunitaire en élevant les
niveaux d'endorphines du corps, et ce sans quasiment le moindre effet
secondaire ni risque de toxicité. La naltrexone est une substance réputée très
sûre, dont rien ne laisse penser qu'elle puisse s'assortir d'une accoutumance.
Lorsque cette dose infime de naltrexone est prise entre 21 heures et
minuit, le corps essaie de surmonter le bloc d'opioïdes et une montée d'endorphines
qui demeurent élevées pendant les 18 heures suivantes se produit. Des études
menées auprès de patients atteints d'un cancer ont montré que la naltrexone à faible
dose augmentait les cellules tueuses naturelles ainsi que d'autres défenses
immunitaires saines au détriment du cancer. L'une des principales fonctions
thérapeutiques de la naltrexone à faible dose est donc de rétablir la
production d'endorphines chez les patients atteints de cancer ou d'autres
maladies auto-immunes.
Le recours à ce traitement chez les
enfants atteints d'autisme a été étudié dès les années 1990, par des chercheurs
qui utilisaient alors de 5 à 50 mg par jour ou un jour sur deux. Ces derniers
étaient alors à la recherche d'un antagonisme opiacé. Panksepp et al. ont noté
de meilleurs résultats à faibles doses ; les études à plus fortes doses auprès
d'enfants étaient plus ambigus, en particulier du fait de l'amertume de la
substance, non favorable à une prise régulière. Pour ma propre étude, le Dr Tyrus
Smith de Coastal Compounding a bien voulu créer une lotion transdermale qui a
permis d'adapter facilement les doses (certains des plus jeunes enfants
réagissaient mieux avec seulement 1-1/2 mg). L'amertume ne pose donc plus
problème, et la lotion peut être appliquée pendant le sommeil. La lotion est mesurée
au moyen de seringues, 1/2 cc correspondant à 3 mg pour les enfants ou
4,5 mg pour les adultes ; la plupart des adultes préfèrent les
comprimés, mais les deux formes sont tout aussi efficaces.
J'ai récemment menée une étude clinique
informelle de huit semaines auprès de 15 de mes patients autistes, à raison de 3
mg de naltrexone transdermale appliquée entre 21 heures et minuit. Plusieurs
adultes ont également participé à l'étude, l'un atteint de la maladie de Crohn
et l'autre d'un syndrome de fatigue chronique, à raison de 4,5 mg au
coucher. Les parents m'ont communiqué hebdomadairement
les résultats observés.
Huit des 15 enfants ont réagi positivement,
parmi lesquels 5 avec des résultats étonnants aux dires de leurs parents. Les
principaux effets positifs concernaient l'humeur, la cognitivité, le langage et
la sociabilisation. Cinq autres enfants présentaient des résultats ambigus,
trois autres sont sortis de l'étude, dont l'un faute de résultats au bout de
quatre semaines, et les autres pour cause de difficultés sans rapport avec le
traitement. Deux jeunes enfants ont mieux répondu une fois passés à des doses
de 1-1/2 mg. Aucune réaction de nature allergique n'a été notée, et les
principaux effets indésirables observés ont été de l'insomnie et des réveils
anticipés suite aux applications initiales de la lotion. Les deux adultes de
l'étude ont très bien réagi, et la patiente atteinte de la maladie de Crohn a
indiqué qu'elle se trouvait en rémission depuis le début de la prise de naltrexone
à faible dose (il y a maintenant environ trois mois).
Tous les enfants de l'étude suivaient un régime
strict. Si j'en juge les échanges des groupes de discussion que je suis,
environ cinq pour cent des enfants présentent des effets secondaires tels qu'irritabilité,
agitation et nervosité, effets qui cessent dès l'arrêt du traitement. Je
demande alors aux parents si l'enfant est au régime sans gluten/caséine/soja,
car ces effets sont très probablement des symptômes de sevrage découlant du
retrait du bloc d'opioïdes. Les enfants qui suivent un régime strict sont probablement
moins susceptibles de présenter de tels symptômes.
Je ne connais pas le mécanisme à
l'origine de l'amélioration immédiate de l'humeur et de la cognitivité chez les
enfants étudiés ; je doute que des effets aussi rapides puissent être
imputés à l'amélioration des fonctions immunitaires. Pour les autres groupes présentant
des symptômes auto-immuns, il apparaît que l'établissement d'une réponse immunitaire
optimale peut prendre de quatre à six mois.
J'espère que la naltrexone à faible dose pourra
constituer une autre arme de notre arsenal toujours plus riche pour aider les
enfants autistes à renforcer leur système immunitaire. Il nous faut pour l'instant
nous en tenir aux réponses cliniques en attendant des recherches plus
approfondies. Les analyses de laboratoire montrent que la plupart de nos
enfants présentent des troubles auto-immuns. Je suis d'avis qu'un traitement
tel que celui de la naltrexone, à la fois efficace, non toxique, non agressif
et peu coûteux, vaut la peine d'être essayé.
Je souhaite remercier les patients qui m'ont
accordé leur confiance en participant à cette étude, ainsi que le Dr Tyrus
Smith de Coastal Compounding pour avoir mis au point une forme transdermale de naltrexone
à faible dose (ce dernier se propose de communiquer la composition de cette
lotion à toute pharmacie désireuse d'en préparer ; son numéro est le
912-354-5188). J'ai de mon côté créé à l'adresse Autism_LDN@yahoogroups.com une
liste Yahoo consacrée aux échanges sur la LDN.
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